L'homme des foules

L'homme des foules

suivi de Edgar Poe et le regard vide par Jean-François Mattéi

Jean-François Mattei, Edgar Allan Poe

Edgar Allan Poe (Boston, 19 janvier 1809 - Baltimore, 7 octobre 1849) est surtout connu pour ses Histoires extraordinaires et ses Nouvelles Histoires extraordinaires, traduites par Baudelaire en 1857, qui rassemblent une quantité impressionnante de célébrissimes nouvelles : de La Lettre volée (1844) qui inspira le psychanalyste Jacques Lacan, au Scarabée d'or ( 1843) jusqu'au Double assassinat dans la rue Morgue (1841) qui inventa le roman policier, sans oublier Le Puits et le pendule (1843) ni la très fameuse Vérité sur la cas de M. Waldemar (1845), pour n'en citer que quelques unes. L'Homme des foules (The Man of the Crowd) parut à Philadelphie, en décembre 1840, dans le premier numéro du Graham's Magazine. La nouvelle attira l'attention particulière de Charles Baudelaire, lui-même auteur d'un court poème en prose Les foules (in Le Spleen de Paris, 1862), de Walter Benjamin qui lui consacre un long commentaire dans son Charles Baudelaire – Un poète lyrique à l'apogée du capitalisme (1955).
Plus proche de nous Jean-François Mattéi en tire l'épigraphe et le titre de son essai Le regard vide – Essai sur l'épuisement de la culture européenne (Flammarion, 2007). Il en dégage une saisissante proximité avec les analyses de Tocqueville (De la démocratie en Amérique 1835 et 1840), concernant la nature de " l'homo democraticus ", l'homme moderne perdu dans la multitude, dans l'innombrable foule, ne pouvant vivre que dans son cœur, prêt à disparaître dans " une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et de vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme."
Poe, quant à lui, écrivait, au même moment, dans L'Homme des foules, parlant du même homme, " il entrait successivement dans toutes les boutiques, ne marchandait rien, ne disait pas un mot, et jetait sur tous les objets un regard fixe, effaré, vide. "

Le texte de Poe est présenté par Jean-François Mattéi qui poursuit à cette occasion, dans un important essai – Edgar Poe et le regard vide – sa méditation sur la situation de l'homme contemporain dans nos sociétés massifiées et planétarisées.
La traduction proposée de The Man of the Crowd est celle de Charles Baudelaire.