Les détours d'une pensée vivante

Les détours d'une pensée vivante

Transitions et changements de paradigme dans la réflexion de Roberto Esposito

Daniela Calabrò

Pour une « Italian theory » vivante : voilà comment on pourrait résumer le parcours philosophique de Roberto Esposito, dont la carte conceptuelle dessine un itinéraire complètement inexploré qui va de l'immanence du conflit aux thèses bio-politiques et thanato-immunitaires, pour aborder finalement le paradigme de la troisième personne. Ici s’entrouvre, en effet, une instance théorico-politique qui culmine en une nouvelle vision du monde : en-deçà du piège métaphysique de la « personne » – qui vise à séparer l’être vivant de lui-même – Esposito désigne dans le « vivant impersonnel » le lieu à partir duquel notre existence « s’ouvre à ce qu’elle n’a encore jamais été ». Les questions cruciales de notre temps – liées aux concepts de souveraineté et de fin du politique, qu’Esposito déconstruit en recourant aux catégories d’impolitique et de biopolitique – sont abordées sans masques ni solutions béates. Une « pensée vivante » capable, en somme, selon l’exemple géo-philosophique bien italien de Machiavel, Bruno, Vico ou Gramsci, de faire sauter le primat transcendantal du langage et de rétablir la relation constitutive de la politique avec l’histoire et la vie.