À la découverte des éditions Ithaque

Depuis 2006, date de leur création, les éditions Ithaque se consacre à la publication d'ouvrages dans les domaines de la métaphysique, de la philosophie de l'esprit et de la philosophie des sciences, de la psychanalyse et de l'anthropologie. Elles apportent un soin tout particulier à la traduction en français d'auteurs anglo-saxons qui offrent un éclairage original sur des questions traditionnelles. Deux publications récentes, recensées sur le site nonfiction.fr, en témoignent.

Humains contre Zombies : la conscience en plus

Une lecture de L'esprit conscient de David J. Chalmers par Yann Schmitt

Le livre de David Chalmers est un traité de philosophie de l'esprit où se mêlent la spéculation la plus radicale et la réflexion la plus informée sur le travail scientifique, où la rigueur de l’analyse conceptuelle s’associe à l’originalité des thèses défendues. David Chalmers , professeur à l’Australian National University et à la New York University, est un des meilleurs spécialistes de philosophie de l’esprit et L’Esprit Conscient est son ouvrage le plus important à ce jour. Bien qu’il soit de 1996, il permet à la fois d’entrer dans un projet original et audacieux tout en découvrant des pans entiers de la philosophie de l’esprit contemporaine. La thèse défendue est celle du naturalisme dualiste selon lequel il y a des faits physiques et des faits conscients, les seconds ne se réduisant pas aux premiers. L’ouvrage vise à comprendre la place de notre expérience vécue dans un cadre naturaliste dualiste où l’esprit conscient connu en première personne dépend naturellement, selon des lois psychophysiques, de processus physiques. Le naturalisme doit donc passer par une critique du matérialisme strict qui ne veut pas introduire, dans le mobilier du monde, autre chose que des faits physiques. Cette question d’ameublement fait l’objet d’une discussion la plus objective possible, mais elle est pourtant aussi une question d’intuition, d’intuition sur notre propre conscience et donc sur notre propre nature.

L’un des plus sérieux problèmes de la philosophie de l’esprit est celui de l’expérience vécue, de la qualité subjective de notre expérience consciente. D. Chalmers distingue ce problème difficile des problèmes faciles : comprendre le fonctionnement de la mémoire, du contrôle de l’action, du jugement etc. Ces problèmes sont faciles car ce qu’il faut faire pour les résoudre est conceptuellement assez clair. Il faut définir fonctionnement les états mentaux, les définir par leur rôle dans l’activité cognitive, puis chercher comment ces rôles sont réalisés dans le support matériel du mental, en l'occurrence pour nous êtres humains, dans notre cerveau. Une telle démarche permet une réduction des faits mentaux ou psychologiques aux faits physiques. Ces problèmes faciles sont facilement à la portée des sciences cognitives et de la neurologie, mais pourquoi croire qu’il existe un problème difficile qui met en défaut les réductions fonctionnalistes ?

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Pourquoi on n'en a toujours pas fini avec les universaux

Une lecture des Universaux de David M. Armstrong par François Loth

La métaphysique contemporaine doit beaucoup au philosophe David Armstrong et le livre que publient les éditions Ithaque, traduction d’un ouvrage remarquable par sa clarté et l’étendue de son investigation, est l’occasion d’étendre l’influence d’une recherche qui n’a de cesse de rapprocher la métaphysique de la science. Dans Les Universaux, une introduction partisane, David Armstrong, alors en pleine maîtrise de ses positions, nous introduit au cœur d’un problème très ancien, qui n’est ni un pseudo-problème ni une réserve pour l’histoire de la philosophie , et qu’il revient à la métaphysique d’examiner : le problème des universaux.

Si l’ouvrage se présente comme une introduction que tout étudiant en philosophie ferait bien de se procurer, il intéressera aussi les philosophes professionnels et toutes les personnes curieuses de savoir comment le projet d’une métaphysique empirique parvient à interroger la structure ultime du monde. Ainsi, à la question de savoir si deux roses rouges partagent une même propriété – la rougeur – l’auteur nous propose une excursion dans une variété de théories rivales - et c’est immédiatement que l’impact du questionnement produit son effet. Oui, car à la lecture d’un véritable livre de métaphysique, et le livre de David Armstrong en est un, il y a bien un effet qui l’accompagne, une manière pour l’esprit de s’engager dans un chemin de connaissance qui ne cherche pas la rupture avec les sciences, bien au contraire, mais plutôt la meilleure des doctrines qui, au-delà de la physique, pourra révéler cette structure du monde.

Le livre relativement court (162 pages) balaie de façon méthodique et intelligible les points de vue en compétition à propos des universaux. Il est suivi de deux textes, plus récents (2004), concernant les propriétés, qui montrent combien la connaissance en métaphysique évolue et progresse.

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